Pourquoi je ne dors plus

Pourquoi je ne dors plus

Il y a quelques jours, j’ai eu de sérieux doutes. Je n’ai rien dit, j’ai gardé ça pour moi et mes nuits. J’avais annoncé que j’étais du genre à ne rien lâcher, je ne pouvais pas dire que je me sentais à deux doigts d’abandonner, moi qui n’abandonne jamais.

Quand j’ai pris la décision de supprimer et de réécrire 2 chapitres entiers (sur les 8) de mon 2e roman, j’ai pensé que les doutes ne seraient plus insurmontables. Ça m’a donné un nouveau souffle et m’a permis d’obtenir des chapitres de bien meilleurs qualité, c’est indéniable.


Mais les doutes sont revenus, et si vous avez lu mon post sur la montagne à gravir, vous me comprenez quand je dis que je ne voyais plus le sommet ni quel chemin je devais emprunter. Je m’arrachais les cheveux, c’était devenu pénible toute cette histoire. Je trainais sérieusement les pieds pour écrire. J’y allais quand même avec cette idée en tête que si je ne prenais pas de plaisir, il ne fallait pas insister. Ces derniers temps, je n’ai donc pas beaucoup insisté.


Et puis il s’est passé quelque chose. Un matin, la montagne à gravir m’a semblé accessible. Le chemin pour atteindre le sommet m’a semblé évident. C’est un concours de circonstance (ou un alignement des planètes) qui a permis à mon blocage de se débloquer.
A l’origine :
– les prémices du printemps (le soleil a vraiment un effet fou sur moi)
– une lecture inspirante
– une conversation avec mon mari

Ces trois facteurs, en même temps, m’ont fait l’effet d’un coup de boost. Depuis ce matin-là, mon histoire a du sens et un but, les mots s’enchainent avec facilité et je ne traine plus des pieds pour écrire. Mieux, je cours à nouveau, avide d’y retourner.
Même si je suis confiante, je ne suis pas à l’abri d’une nouvelle tempête. Alors en attendant, je profite de l’éclaircie et je cours comme une dératée.

Abandonner

Abandonner

Ecrire un roman, c’est comme gravir une montagne. On se lance un jour avec une idée plus ou moins précise du chemin que l’on va emprunter, mais plein d’entrain et l’envie folle d’en découdre.


Les débuts sont géniaux. On a les idées claires alors on marche vite, on saute au dessus des obstacles avec aisance, on s’extasie de nos réussites et on est persuadé que le haut de la montagne n’est pas si loin. Que ce sera un parcours de santé.


Puis le ciel s’obscurcie. Et là c’est la merde. Les doutes nous tombent dessus comme une pluie dilluvienne. On avance à tâtons pour ne pas tomber, on fait marche arrière quand on comprend que le chemin qu’on a emprunté est le mauvais, on résiste même si le poids des doutes nous fait courber le dos.


On s’accroche à tout. Un encouragement, un conseil pour se débarrasser des cailloux dans notre chaussure, une idée qui nous semble être le début d’une éclaircie. On s’accroche parce qu’on va l’atteindre ce putain de sommet, d’autres l’ont fait avant nous, on peut y arriver !


On s’accroche mais parfois, ça ne fonctionne pas. On a eu beau mettre toute notre énergie, tout notre courage, on est à bout de souffle et on ne voit pas le bout du chemin. Alors on abandonne. Et on se rassure en se disant qu’on tentera une prochaine fois, avec un peu de repos ou un meilleur itinéraire.

On s’accroche et parfois, ça finit par payer. La montagne à gravir nous semble à nouveau accessible, le sommet à notre portée. Nos idées sont claires, notre souffle retrouvé, alors on court. On court de peur que le ciel s’obscurcisse à nouveau. Et plus on court, plus on retrouve le plaisir de gravir, le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. Il est là ce putain de sommet, on y est ! Le bonheur quand on l’atteint est indescriptible. C’est un bonheur unique. Un accomplissement. Parfois celui de toute une vie.

Écrire un roman c’est dur. C’est loin d’être une promenade de santé. Tous ceux qui s’y sont essayé vraiment savent à quel point la montagne est haute, à quel point le chemin est escarpé et à quel point le ciel peut vite s’assombrir.
Mais ça vaut le coup.
De se lancer, de tenir bon et de ne pas abandonner.

La mauvaise humeur

La mauvaise humeur

Ils m’ont demandé si j’avais laissé ma mauvaise humeur à la maison. Ils l’ont dit en riant, bien installés à l’arrière de la voiture, en regardant leur papa, à l’origine de cette question et de ce coup d’état.
J’ai souri et on a pris la route. Après quelques minutes, tout le monde avait compris que j’avais emmené ma mauvaise humeur avec moi.
J’ai fini par arrêter d’ouvrir la bouche. Même moi je me fatiguais.


Et puis j’ai vu du bleu foncé à l’horizon. J’ai reconnu ces paysages qui m’enchantent à chaque fois et j’ai laissé ma mauvaise humeur dans la voiture.
On a posé le pied au sol, on a marché dans le sable puis dans l’eau. On a passé la journée face à la mer, à courir, à observer l’eau tomber d’une cascade, à trier et à jouer avec des cailloux, à pique-niquer sur nos manteaux, et c’était bien.


On est reparti parce qu’il ne fallait pas rater l’heure du couvre feu. Et parce qu’on était fatigué aussi. On a retiré les bottes, les pantalons et les manteaux mouillés, mais on a gardé nos sourires. Ma mauvaise humeur n’était plus dans la voiture. Elle s’était envolée avec le vent de la mer.

Une cour d’école

Une cour d’école

J’habite à proximité d’une école. Parfois, quand j’entends les cris provenant de la cour, je me poste à la fenêtre et j’observe quelques instants.


Il y a ces enfants qui, malgré le masque, se chamaillent, courent, crient, rient, jouent comme avant.

Il y a ces maîtresses qui papotent, les mains enfoncées dans leur manteau.

Il y a cette petite fille qui se poste à la grille et hurle qu’elle veut sa maman. Elle secoue la grille, se retourne pour vérifier qu’on la regarde, puis repart en soufflant avec les autres quand elle constate qu’elle crie sans attirer l’attention.

Il y a ces mamans qui passent par là, et qui profitent de la récréation pour chercher des yeux, faire signe, envoyer un bisou, serrer une main à travers la grille.

Il y a ces parents qui arrivent bien avant l’heure de sortie de leur enfant et qui attendent assis sur le banc.

Il y a ces bandes d’enfants qui s’agrippent aux grilles et interpellent les passants.

Un jour, tout redeviendra normal. En attendant, il y a les cours d’école. Ce monde dans le monde, plein de vie, qui donne l’illusion que rien ou presque ne nous sépare du monde d’avant.

Un thème à l’histoire

Un thème à l’histoire

Ce que j’aime le plus lire dans une nouvelle ou un bouquin, ce sont les sentiments humains. Certains préféreront le suspense, l’humour, la peur, le tragique… moi c’est la magie d’une rencontre, la magie d’un regard échangé, la magie d’une main sur une autre. J’aime ce que ça provoque chez moi : un sourire, une accélération cardiaque, un souffle coupé.

De fait, c’est aussi ce que je préfère quand j’écris. Ce qui explique que mon premier roman portait sur une histoire d’amour. Et que le deuxième portera sur une histoire d’amitié (ET une histoire d’amour, faut pas déconner).
Pourtant, j’ai eu du mal à assumer cette part de moi. Ce plaisir autour du sentiment. Tout simplement par peur. J’avais peur parce qu’il y a cette croyance d’un très grand nombre que le sentiment c’est gnangnan ou mielleux, alors que ça ne l’est pas nécessairement. J’avais peur qu’on me juge, qu’on juge mon livre, qu’on juge mon style, puis qu’on nous mette dans une case et qu’on doive ramer pour en sortir.

Pour preuve, quand on me demandait de pitcher en une phrase Reprendre son souffle, je répondais invariablement « c’est l’histoire d’un secret » au lieu d’assumer que la trame principale est une histoire d’amour. Pour autre preuve, j’ai eu du mal à assumer que certains passages de cette même histoire soient romantiques, alors même que j’ai adoré les écrire.
Aujourd’hui, j’ai compris qu’il n’y avait aucune honte à chercher dans une lecture ce qui nous fait vibrer. Qu’il n’y a pas de honte non plus à aimer écrire ce qui nous touche. Et qu’il y a encore moins de honte à aimer les sentiments.

Et vous, qu’aimez-vous lire / écrire ?

Mon ressenti sur – Agnes Martin-Lugand

Mon ressenti sur – Agnes Martin-Lugand

J’ai pour habitude d’alterner mes lectures.

De choisir un roman populaire, avec beaucoup de dialogues, un sujet simple, sans prise de tête, qui va me faire rire ou me donner une bonne dose d’amour. Puis d’enchaîner avec un roman avec du corps, un sujet grave, des phrases bien tournées pour déclencher chez moi une réflexion voire une remise en question.
En clair : alterner un roman où les pages se tournent vite avec un roman où on prend son temps pour les tourner.

Quand j’ai commencé « Les gens heureux lisent et boivent du café », je ne savais pas à quoi m’attendre. Une amie me l’avait recommandé, me disant de l’auteure qu’elle écrivait du Feel good. Et pourtant, ce roman là commence par un sujet grave : la mort d’un mari et d’un enfant (faites défiler les photos pour voir la très efficace 1ère page).
Je venais de refermer un livre qui m’a bouleversée (j’en reparlerai) et je n’avais pas très envie de me remettre à pleurer. J’ai poursuivi ma lecture sans vraiment y croire. Pour finalement, ne plus le lâcher.
La recette fonctionne : beaucoup de dialogues, des personnages attachants, de l’émotion, le frisson d’une rencontre, des rebondissements, une écriture simple mais efficace. J’ai avalé les pages comme on avale un bon gâteau : avec avidité !
Puis est arrivée la dernière page. Qui laisse presque un gout amer en bouche. Vite, je devais me procurer la suite ! « La vie est facile, ne t’inquiète pas » remplit son rôle. J’ai pris plaisir à retrouver les personnages et à me laisser porter par le style de l’auteure. Une suite efficace, qui permet de conclure l’histoire de ce deuil et de cette reconstruction sur une note pleine d’espoir.

Ces deux romans réussissent le pari de traiter d’un sujet grave, de nous faire vivre les montagnes russes des émotions et de nous laisser avec le sourire. Mon amie n’avait donc pas menti : Agnes Martin-Lugand, c’est du Feel good et ça fait du bien !

Les avez-vous lu ? Avez-vous aimé ?