Abandonner

Abandonner

Ecrire un roman, c’est comme gravir une montagne. On se lance un jour avec une idée plus ou moins précise du chemin que l’on va emprunter, mais plein d’entrain et l’envie folle d’en découdre.


Les débuts sont géniaux. On a les idées claires alors on marche vite, on saute au dessus des obstacles avec aisance, on s’extasie de nos réussites et on est persuadé que le haut de la montagne n’est pas si loin. Que ce sera un parcours de santé.


Puis le ciel s’obscurcie. Et là c’est la merde. Les doutes nous tombent dessus comme une pluie dilluvienne. On avance à tâtons pour ne pas tomber, on fait marche arrière quand on comprend que le chemin qu’on a emprunté est le mauvais, on résiste même si le poids des doutes nous fait courber le dos.


On s’accroche à tout. Un encouragement, un conseil pour se débarrasser des cailloux dans notre chaussure, une idée qui nous semble être le début d’une éclaircie. On s’accroche parce qu’on va l’atteindre ce putain de sommet, d’autres l’ont fait avant nous, on peut y arriver !


On s’accroche mais parfois, ça ne fonctionne pas. On a eu beau mettre toute notre énergie, tout notre courage, on est à bout de souffle et on ne voit pas le bout du chemin. Alors on abandonne. Et on se rassure en se disant qu’on tentera une prochaine fois, avec un peu de repos ou un meilleur itinéraire.

On s’accroche et parfois, ça finit par payer. La montagne à gravir nous semble à nouveau accessible, le sommet à notre portée. Nos idées sont claires, notre souffle retrouvé, alors on court. On court de peur que le ciel s’obscurcisse à nouveau. Et plus on court, plus on retrouve le plaisir de gravir, le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. Il est là ce putain de sommet, on y est ! Le bonheur quand on l’atteint est indescriptible. C’est un bonheur unique. Un accomplissement. Parfois celui de toute une vie.

Écrire un roman c’est dur. C’est loin d’être une promenade de santé. Tous ceux qui s’y sont essayé vraiment savent à quel point la montagne est haute, à quel point le chemin est escarpé et à quel point le ciel peut vite s’assombrir.
Mais ça vaut le coup.
De se lancer, de tenir bon et de ne pas abandonner.

Une cour d’école

Une cour d’école

J’habite à proximité d’une école. Parfois, quand j’entends les cris provenant de la cour, je me poste à la fenêtre et j’observe quelques instants.


Il y a ces enfants qui, malgré le masque, se chamaillent, courent, crient, rient, jouent comme avant.

Il y a ces maîtresses qui papotent, les mains enfoncées dans leur manteau.

Il y a cette petite fille qui se poste à la grille et hurle qu’elle veut sa maman. Elle secoue la grille, se retourne pour vérifier qu’on la regarde, puis repart en soufflant avec les autres quand elle constate qu’elle crie sans attirer l’attention.

Il y a ces mamans qui passent par là, et qui profitent de la récréation pour chercher des yeux, faire signe, envoyer un bisou, serrer une main à travers la grille.

Il y a ces parents qui arrivent bien avant l’heure de sortie de leur enfant et qui attendent assis sur le banc.

Il y a ces bandes d’enfants qui s’agrippent aux grilles et interpellent les passants.

Un jour, tout redeviendra normal. En attendant, il y a les cours d’école. Ce monde dans le monde, plein de vie, qui donne l’illusion que rien ou presque ne nous sépare du monde d’avant.

Un blocage

Un blocage

Il m’arrive de me triturer le cerveau pendant des heures, de modifier, de supprimer des bouts de mon deuxième roman, tout simplement parce que je n’arrive pas à mettre de l’ordre dans mes idées. Je veux transmettre quelque chose, mais je ne sais pas comment l’écrire. C’est frustrant, rageant, décourageant, et ça me met tellement les nerfs à vif, que parfois, je referme avec force mon ordinateur comme s’il y était pour quelque chose.


Alors, je l’ai déjà dit ici, et je l’ai déjà lu ailleurs, c’est souvent quand on fait autre chose que l’idée arrive. Souvent oui. Mais pas tout le temps. Parfois, ça continue de bloquer. Et le fait que ça bloque, vous allez me dire que c’est parce que j’y pense encore. Oui, surement. Mais on ne se débarrasse pas facilement d’un échec, même s’il ne s’agit que d’un paragraphe d’un roman. Parce que parfois, cet échec, au delà de donner tout son sens à l’articulation d’une histoire, il écorche notre confiance en nous et nous empêche d’avancer.


Je n’ai pas de formule magique pour que ce blocage prenne fin. On est tous différents, l’origine de nos blocages aussi. Mais tout de même, il y a un truc chez moi qui fonctionne parfois. A l’instar de la douche que j’ai vu chez certains auteurs, chez moi, c’est le fait d’aller me coucher. Il arrive qu’en posant ma tête sur l’oreiller, la solution me vienne. Comme si plonger mon cerveau dans l’obscurité m’aidait à y voir plus clair. Je peux alors rallumer mon téléphone 4 ou 5 fois d’affilée pour noter une idée. Parfois ça n’a rien à voir avec ce qui me bloque. Parfois ça a tout à voir. Et c’est merveilleux.

Il est arrivé dans un cri. Le mien.

Il est arrivé dans un cri. Le mien.

J’avais entendu dire qu’en cas de césarienne, le papa n’était pas autorisé à entrer au bloc. Ça me tracassait pas mal. Pour moi c’était un peu comme si c’était le 1er spectacle de notre enfant et que j’étais la seule à être invitée. Inimaginable.
Le jour J, mon mec m’a aidé à ne pas y penser. Il a passé son temps à blaguer, à jouer avec les appareils et à filmer ses bêtises. J’étais sure que c’était un garçon, il riait d’avance de la blague qu’il ferait en le voyant avant moi, celle de m’annoncer que c’était un poney. Entre 2 contractions, je riais au bonheur qui nous attendait.


Quand la sage-femme est venue pour me bouger dans tous les sens parce que les battements du coeur de notre bébé ralentissaient, j’ai arrêté de rire. Quand elle est revenue avec un collègue, j’ai carrément blêmi.
L’obstétricien nous a calmement annoncé qu’il ne fallait pas trainer, je me suis mise à pleurer parce que mon mec allait manquer la fête, l’obstétricien m’a annoncé qu’il pourrait y participer s’il portait une blouse, j’ai pleuré encore un peu puis j’ai été transportée au bloc.


Autour de moi, ça s’agitait et ça plaisantait, comme s’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, que ce que je vivais n’était pas différent de leur quotidien. Mais je ne quittais pas la porte des yeux. Il n’était toujours pas là. Je le réclamais encore quand ils m’ont annoncé qu’ils allaient commencer. Quand il a fini par entrer, tout de bleu vêtu, j’ai été soulagée, j’ai pensé respirer à nouveau, mais non. Une inquiétude s’était cachée derrière la première, sournoise : celle qu’il arrive quelque chose à mon bébé.


Nos mains solidement accrochées, nous ne nous sommes plus adressés un mot. Nous fixions le drap derrière lequel se jouait le 1er grand rôle de la vie de notre enfant. Et puis il y a eu un son, celui de la vie, et les larmes de soulagement ont roulé sur mes joues. Mon mec a eu l’honneur de découvrir le sexe avant moi. Bien sûr qu’il n’allait pas blaguer, pas après ce qu’on venait de vivre. Mais peut-être y pensait-il encore ou peut-être était-il soulagé lui aussi, car il a annoncé que c’était un garçon en riant.

Le prénom a été dit dans un cri. Le mien.

Un thème à l’histoire

Un thème à l’histoire

Ce que j’aime le plus lire dans une nouvelle ou un bouquin, ce sont les sentiments humains. Certains préféreront le suspense, l’humour, la peur, le tragique… moi c’est la magie d’une rencontre, la magie d’un regard échangé, la magie d’une main sur une autre. J’aime ce que ça provoque chez moi : un sourire, une accélération cardiaque, un souffle coupé.

De fait, c’est aussi ce que je préfère quand j’écris. Ce qui explique que mon premier roman portait sur une histoire d’amour. Et que le deuxième portera sur une histoire d’amitié (ET une histoire d’amour, faut pas déconner).
Pourtant, j’ai eu du mal à assumer cette part de moi. Ce plaisir autour du sentiment. Tout simplement par peur. J’avais peur parce qu’il y a cette croyance d’un très grand nombre que le sentiment c’est gnangnan ou mielleux, alors que ça ne l’est pas nécessairement. J’avais peur qu’on me juge, qu’on juge mon livre, qu’on juge mon style, puis qu’on nous mette dans une case et qu’on doive ramer pour en sortir.

Pour preuve, quand on me demandait de pitcher en une phrase Reprendre son souffle, je répondais invariablement « c’est l’histoire d’un secret » au lieu d’assumer que la trame principale est une histoire d’amour. Pour autre preuve, j’ai eu du mal à assumer que certains passages de cette même histoire soient romantiques, alors même que j’ai adoré les écrire.
Aujourd’hui, j’ai compris qu’il n’y avait aucune honte à chercher dans une lecture ce qui nous fait vibrer. Qu’il n’y a pas de honte non plus à aimer écrire ce qui nous touche. Et qu’il y a encore moins de honte à aimer les sentiments.

Et vous, qu’aimez-vous lire / écrire ?

Mon ressenti sur – Agnes Martin-Lugand

Mon ressenti sur – Agnes Martin-Lugand

J’ai pour habitude d’alterner mes lectures.

De choisir un roman populaire, avec beaucoup de dialogues, un sujet simple, sans prise de tête, qui va me faire rire ou me donner une bonne dose d’amour. Puis d’enchaîner avec un roman avec du corps, un sujet grave, des phrases bien tournées pour déclencher chez moi une réflexion voire une remise en question.
En clair : alterner un roman où les pages se tournent vite avec un roman où on prend son temps pour les tourner.

Quand j’ai commencé « Les gens heureux lisent et boivent du café », je ne savais pas à quoi m’attendre. Une amie me l’avait recommandé, me disant de l’auteure qu’elle écrivait du Feel good. Et pourtant, ce roman là commence par un sujet grave : la mort d’un mari et d’un enfant (faites défiler les photos pour voir la très efficace 1ère page).
Je venais de refermer un livre qui m’a bouleversée (j’en reparlerai) et je n’avais pas très envie de me remettre à pleurer. J’ai poursuivi ma lecture sans vraiment y croire. Pour finalement, ne plus le lâcher.
La recette fonctionne : beaucoup de dialogues, des personnages attachants, de l’émotion, le frisson d’une rencontre, des rebondissements, une écriture simple mais efficace. J’ai avalé les pages comme on avale un bon gâteau : avec avidité !
Puis est arrivée la dernière page. Qui laisse presque un gout amer en bouche. Vite, je devais me procurer la suite ! « La vie est facile, ne t’inquiète pas » remplit son rôle. J’ai pris plaisir à retrouver les personnages et à me laisser porter par le style de l’auteure. Une suite efficace, qui permet de conclure l’histoire de ce deuil et de cette reconstruction sur une note pleine d’espoir.

Ces deux romans réussissent le pari de traiter d’un sujet grave, de nous faire vivre les montagnes russes des émotions et de nous laisser avec le sourire. Mon amie n’avait donc pas menti : Agnes Martin-Lugand, c’est du Feel good et ça fait du bien !

Les avez-vous lu ? Avez-vous aimé ?